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Nous avons modifié notre itinéraire de voyage pour assister au festival de la Vierge de la Candelaria à Puno, au Pérou, mais en arrivant, j’ai commencé à souffrir du mal des montagnes. La ville de Puno ne semble pas être à une très grande altitude mais elle est en fait à 3 860 mètres au-dessus du niveau de la mer, c’est-à-dire plus haute que La Paz, en Bolivie (3 660 mètres) et que le Machu Picchu (2 430 mètres).

À peine deux minutes après mon arrivée dans la ville, je me suis enfermée dans la chambre d’hôtel, et j’ai fait disparaitre jusqu’au moindre rayon de lumière. Alors que le mal des montagnes m’envahissait, j’ai pris ma tête dans mes mains, me suis tordue de douleur dans le lit, j’ai marché dans la chambre, j’ai juré, j’ai gémi et j’ai vomi dans la douche, suppliant mon mari à chaque instant : « fais que ça s’arrête ». Après avoir ingéré un médicament pour l’altitude et trois matés de coca (ancien remède andin), j’ai enfin pu revoir la lumière. J’ai même réussi à rire quand mon mari est entré dans la chambre et a annoncé : “Debout ! Les chevaux sont sur le point d’entrer sur la place ! Après il va y avoir des bûchers !”
J’ai ri parce que les festivals d’Amérique du Sud sont toujours très dramatiques et donc cela m’a paru approprié d’expérimenter quelque chose comme ça au préalable.

Vierge de la Candelaria Puno

Il est 18 heures quand nous sortons. Puno se situe sur les flancs des montagnes des Andes et se termine brusquement au bord du lac Titicaca. Le village est connu comme étant la capitale folklorique du Pérou – affirmation difficile à réfuter quand on voit les femmes aymaras et quechuas dans leurs vêtements traditionnels avec leurs chapeaux melon, et des enfants accrochés sur leur dos dans des tissus colorés. Ce soir, le 1er février, est le premier jour officiel de la célébration annuel qui dure 18 jours, et qui rend hommage à la Sainte patronne de Puno. Chaque année, de nombreuses personnes sont attirées par la musique, la danse et les vêtements excentriques. En fait, ce festival ressemble à un Carnaval de Rio plus facile et moins dangereux.

Aucun cheval ne fera son apparition, mais au cours de la nuit, on se retrouve bloqué dans un chaos humain devant l’église, près de la Plaza Mayor. Nous suivons la Vierge : sa statue est transportée comme s’il s’agissait d’une princesse. Elle est à quelques mètres de nous, faisant flotter des couleurs violètes et argentées dans le ciel nocturne. Elle reçoit des pluies de pétales de roses lancés depuis des seaux suspendus aux balcons. Nos visages sont trempés d’eau bénite, et on peut sentir la douce odeur terreuse du Palo Santo, dans le scintillement de mille bougies. Je suis tellement absorbée par les festivités qu’il me parait impensable qu’une heure plus tôt, je pensais ne jamais quitter ma chambre d’hôtel.

Vierge de la Candelaria Puno

En nous échappant de la procession, nous voyons comment la Vierge est emmenée dans la Cathédrale de Puno. La pluie commence à tomber mais le public ne se disperse pas. Les vendeurs offrent le fameux anticucho (brochettes de viande et pommes de terre). Nous rions de plusieurs particularités de l’évènement, comme l’immense bâton, porté par un dévot qui tape sur les fils électriques au passage de la Vierge.

Bloqués par les gens, les taxis ne peuvent pas laisser leurs passagers dans les hôtels du centre de Puno. Quand des touristes arrivent, leurs sacs à dos recouverts d’un imperméable, ils marchent comme des tortues, la tête cachée dans leur carapace, essayant de saisir leurs valises au milieu de la foule.

Vierge de la Candelaria Puno

À 21 heures, les flûtes de pan et les trompettes résonnent de toutes parts générant un mélange confus de sons. Des groupes de danse font des sauts en faisant onduler des foulards, alors que d’autres réalisent des danses lentes donnant l’impression d’une semi-transe. Beaucoup de touristes mouillés et confus, comme nous, participent aussi à la procession, et nous nous échangeons des informations.

“Tu savais que la Vierge a plus de 50 tenues ?”
“Presque la moitié des groupes de musique viennent de Bolivie !”
“Regarde ce truc attaché aux feux d’artifice.”

Le “truc” en question est une mince structure en bambou : le maître des feux d’artifice. Ses mèches pendantes sont allumées et il commence à siffler et tourner, les feux explosant dans des angles dangereux alors que les étincelles volent vers les toits. À voir le public sourire, je m’habitue à cette manière sud-américaine de s’amuser au lieu de s’inquiéter quand les choses tournent à la folie.

Nous nous réveillons à 7h le matin suivant à cause d’un groupe de musique qui marche sous notre fenêtre. Le soleil brille. Les décorations murales faites de terre, de sciure peinte et de fleurs nous éblouissent. Souffrant encore du mal des montagnes, je décide d’observer l’art de rue plus tard. Mais peu de temps après, la Vierge est à nouveau en route. Je demande paniquée à mon mari : « Elle ne va pas marcher sur les décorations murales ? ».

Vierge de la Candelaria Puno

Et si, elle l’a fait. Une heure plus tard, la procession est passée et les dessins de la rue sont détruits. Les décorations de rue laborieusement réalisées étaient un tapis offert à la Vierge, une offrande éphémère destinée à être détruite. Plus tard j’ai assisté à une messe catholique en l’honneur de la Vierge mais les décorations m’en disaient plus sur la dévotion que les formalités d’une église.

Un vent de folie et d’ivresse caractérise les festivités du vendredi. Les artistes savent que c’est leur dernière opportunité de répéter avant la danse du soir. Nous nous asseyons dans le bar Miski Wasi de la deuxième plus grande place de Puno, le Parque Pino, nous prenons un Pisco Ocucaje chaud (une boisson locale mélangée avec une infusion) et nous voyons comment commence la procession. Elle est éparpillée dans tout le village, sortant des rues et bloquant les sorties. D’immenses groupes de femmes aymaras avec des chapeaux melon et des jupes de la même couleur réalisent des danses en cercles, suivies de groupes d’hommes âgés vêtus de costumes et avec des matraques en bois. Des groupes de jeunes hommes apparaissent ensuite avec des costumes de toréros. Même la police a une chorégraphie, avec des coups de pied dans l’air et des foulards. Et derrière chaque groupe, il y a un groupe de musique, certains avec 40 joueurs de tuba. À un moment, nous avons pris une bière Cusqueña avec un groupe qui se reposait, les trompettes sous le bras.

Vierge de la Candelaria Puno

Le samedi, nous montons jusqu’au condor, sentinelle qui regarde vers Puno. Le son des trompettes est porté par le vent, ainsi que même ici, il est impossible d’échapper à l’activité d’en bas. Plus tard, nous allons voir la Vierge et nous sommes surpris de voir qu’elle a changé de tenue. Son costume brillant est maintenant de couleur orange avec des carreaux, et les quatre anges qui l’accompagnaient sont passés de blonds à bruns.

Après une sombre messe dans l’après-midi, une autre procession a lieu. Cette fois, il y a des gens déguisés : diables, gorilles, la Faucheuse et autres. Les danses sont maintenant plus sensuelles, avec des jeunes femmes avec des corsages brillants, des jupes courtes et des bottes à talon. Les éclairs et tempêtes sont un plus au drame qui se joue dans le stade de Puno le dimanche. Nous partons tôt et dès 7h30 nous sommes assis dans les gradins sous des capes en plastiques, mangeant de délicieuses empanadas et nous sentant un peu misérables. Il grêle sur le stade, mais les danseuses continuent à danser. Nous nous mettons à l’abri sous un escalier avec d’autres réfugiés mouillés par la pluie et nous prenons une bière, puis un café sucré, ne sachant pas lequel des deux est le meilleur remède. Ensuite, nous regardons la danse à la télévision dans l’hôtel.

Il n’est pas nécessaire de retourner au stade. Le festival est dispersé et il y a des spectacles partout. Les diables demandent de la nourriture dans la rue, les danseuses ajustent leurs plumes face aux rétroviseurs des mototaxis et des groupes de gorilles déambulent.

Le lundi il ne pleut plus, les cholitas (femmes aymaras vêtues de tenues traditionnelles) marchent dans de magnifiques mélanges de couleur. Avec les encouragements du public, des groupes de femmes soulèvent leurs jupes pour révéler jusqu’à 15 vêtements qu’elles portent en-dessous.

Le festival continue après le mardi mais pour nous, c’est déjà le moment de partir. Les trompettes résonnent dans nos oreilles alors que le bus s’éloigne de Puno. Nous revoyons nos plans de voyage. “Le carnaval ?” pensons-nous. Mais nous savons qu’il ne pourra pas être plus réussi que la Vierge de la Candelaria.

Le prochain festival aura lieu en février 2015.

Traduit et adapté de Get Lost par l’équipe de Cordilleras Travel, agence de voyages spécialisée dans les voyages d’aventure au Pérou.

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